À l’origine du trouble d’accumulation compulsive
Selon les données du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM 5) utilisé par les professionnels de la santé, le TAC est un problème de santé mentale dont souffrent 2,6 % de la population et 6 % des personnes aînées, tant des hommes que des femmes. Ce pourcentage peut paraître faible. Pourtant, selon Anne-Julie Roy, codirectrice du Comité d’action pour le trouble d’accumulation compulsive (CATAC), dans le cas de certaines pathologies encore moins courantes, la prise en charge est beaucoup mieux établie que pour le TAC.
Les personnes atteintes d’un TAC accumulent donc des objets: beaucoup d’objets. « Les personnes qui souffrent de TAC conservent leurs objets pour différentes raisons», explique Anne-Julie Roy. Par exemple, il peut s’agir de souvenirs en lien avec différents événements ou époques de leur vie. Par exemple, un ancien rédacteur gardera des crayons ou des Post-its.
Dans 90 % des cas, les personnes qui vivent avec un TAC acquièrent aussi de nouveaux biens. Certains – surtout des femmes – se procurent des animaux – et oui! Chiens, chats et perruches peuvent faire partie de ce qu’elles accumulent. D’autres amassent de vieux meubles laissés au bord du chemin dans l’espoir de les réparer ou de les transformer. D’autres encore gardent précieusement des emballages vides, comme des paquets de gomme vides ou des pots de yogourt. « Ils ont alors l’impression d’être plus écologiques», fait remarquer Anne-Julie Roy, qui donne des conférences sur le TAC pour La Maison grise de Montréal. Le problème, c’est qu’ils les accumulent, mais ne les recyclent pas.
Pourquoi ne pas se départir de ces objets ? C’est que, quelle qu’en soit la valeur, les personnes qui vivent avec le TAC y sont fortement attachées, allant parfois jusqu’à leur donner des noms. « Les enjeux d’attachement et la peur de l’abandon font partie des causes du TAC, plusieurs d’entre elles ont vécu dans un milieu familial dysfonctionnel ou ont connu un parcours teinté de violence, explique Mme Roy. Leurs relations avec les autres leur causent tellement d’anxiété qu’ils trouvent plus facile de s’attacher aux objets qu’aux personnes.»
Selon Anne-Julie Roy, les personnes aux prises avec le TAC ressentent un immense vide intérieur qu’ils essaient de combler avec des objets. D’ailleurs, lorsqu’ils se sentent vulnérables et ressentent intensément ce vide, leur récolte devient particulièrement abondante. Et la situation ne s’améliore pas avec le temps, bien au contraire. « Quand ça fait plusieurs dizaines d’années qu’une personne amasse des objets, l’accumulation peut devenir très importante», souligne Mme Roy. Lorsque leur domicile ne peut plus contenir leurs trésors, certains vont jusqu’à louer un ou plusieurs entrepôts pour les emmagasiner.
Selon Mme Roy, le TAC est d’origine génétique dans 85 % des cas. Puisque leur père ou leur mère étaient aussi des personnes vivant avec le TAC, on pourrait penser qu’ils ont appris d’eux ce comportement. Mais ce n’est pas la seule explication. « Des examens ont montré que la partie de leur cerveau qui les aide à prendre une décision est plus petite que chez la plupart des gens, dit Mme Roy. C’est pour cette raison qu’ils ont du mal à décider quoi garder et quoi jeter.» Généralement, les personnes qui accumulent ne réalisent pas qu’elles souffrent d’un TAC. Souvent, elles le découvrent quand elles apprennent l’existence de cette maladie.
Les conséquences du trouble d’accumulation compulsive
La plupart des personnes qui accumulent de manière compulsive mènent une vie normale au travail et dans la société. Mais leur trouble perturbe beaucoup leur vie personnelle. « Ils se sentent souvent honteux, explique Mme Roy. Petit à petit, ils arrêtent d’inviter des gens chez eux, puis ils finissent par s’isoler.» Cet isolement peut même parfois mener à la dépression.
Le TAC peut rendre certaines activités quotidiennes difficiles à accomplir. « Par exemple, pour certaines personnes, prendre soin de son hygiène corporelle devient extrêmement complexe, illustre Anne-Julie Roy, car l’intérieur de leur salle de bain, comme la douche et le bain, est trop encombré. Il est aussi possible qu’elles arrivent en retard au travail parce qu’au moment de quitter leur appartement, elles ne trouvent plus leurs clés ou leur agenda.»
Le doute obsessionnel, à savoir un doute qui les conduit à tout remettre en question, même ce qui est rationnel, peut leur causer des difficultés à faire des choix. Cela peut engendrer chez elles une grande détresse psychologique. Par exemple, les personnes qui vivent avec le TAC qui projettent de partir en voyage pourraient éprouver tant de mal à décider ce qu’elles apporteront dans leur valise qu’elles risquent d’être incapables de partir à la date prévue.
L’encombrement occasionne aussi plusieurs risques en matière de sécurité. Dans le domicile d’une personne qui vit avec le TAC, l’accumulation d’objets augmente le risque de chute et, en cas d’urgence, pourrait empêcher un ambulancier ou un pompier d’entrer. Si un incendie se déclarait, l’accumulateur pourrait aussi avoir du mal à sortir rapidement. D’ailleurs, en cas d’incendie, dans un tel environnement, le risque de décès augmente de 25 %.
Lorsque les personnes aux prises avec le TAC sont locataires, plusieurs d’entre elles craignent que leur propriétaire découvre leur situation et les forcent à quitter leur logement. Cela arrive parfois. « Près du quart des personnes en situation d’itinérance se sont retrouvées sans logis en raison d’une problématique liée à l’accumulation d’objets», relate Mme Roy.
Particularité selon la tranche d’âge
Selon Anne-Julie Roy, le TAC fait généralement son apparition à l’adolescence, soit entre l’âge de 11 et 15 ans. Puis, il progresse et commence à avoir un impact significatif vers l’âge de 35 ans « À partir de l’âge de 65 ans, on parle généralement d’un TAC sévère», dit-elle.
Vous pensez souffrir d’un trouble d’accumulation compulsive ?
Informez-vous en utilisant des sources fiables, comme celles que nous proposons plus bas.
Vous vous sentez prêt à faire le tri dans certains de vos objets ? Allez-y par petits pas. « C’est ce qui fonctionne le mieux», conseille Mme Roy. Pour ce faire:
Fixez-vous de petits objectifs, par exemple, en choisissant le contenu d’un tiroir.
Imposez-vous une limite de temps. Ne dépassez pas 15 à 20 minutes.
Faites une pause après chaque période de tri.
La tâche vous semble difficile à accomplir seul ? N’hésitez pas à chercher du soutien. Pour ce faire:
Partagez ce que vous vivez avec vos proches.
Demandez à une personne de confiance de vous accompagner.
Rappelez-vous que vous n’êtes pas seul à vivre une telle situation.
Quoi qu’il arrive, prenez soin de vous. Pour ce faire:
Soyez bienveillant envers vous-même.
Acceptez qu’il vous faudra du temps.
Reconnaissez votre courage.
Félicitez-vous pour chaque petite réussite.
Quand et qui consulter
Vous accumulez des objets et cette situation entraîne des conséquences négatives dans votre vie ? L’idée même de vous départir de ces objets vous fait souffrir ? Vous pouvez aller chercher du soutien. Pour ce faire, adressez-vous à l’accueil psychosocial de votre CLSC ou composez le 811, puis faites l’option 2. Vous pouvez aussi en parler à votre médecin. Puis dites clairement que vous croyez souffrir d’un TAC et, surtout, décrivez les conséquences de ce trouble sur votre vie et sur votre fonctionnement au quotidien.
Vous n’obtenez pas l’aide espérée ? Il est vrai qu’il est parfois difficile d’en trouver puisque le TAC est encore peu connu. Et, selon Anne-Julie Roy, le système de santé ne réussit pas toujours à bien répondre aux demandes de ces personnes. Vous pouvez aussi vous tourner vers un organisme communautaire qui offre des services en santé mentale. Certains d’entre eux vont vous diriger vers des groupes de soutien qui peuvent être d’une grande aide. Évidemment, se tourner vers un psychologue ou un thérapeute qui connaît bien ce trouble est aussi une bonne solution.
Pour trouver un organisme communautaire susceptible de vous aider dans votre région, consultez la section Ressources du site du CATAC ou contactez le 211.
Pour trouver un psychologue, rendez-vous sur le site de l’Ordre des psychologues du Québec.
À retenir
Le TAC est un problème de santé mentale qui commence généralement à l’adolescence.
Il se caractérise par une difficulté persistante à jeter ou se départir de ses biens, indépendamment de leur valeur réelle. Cela entraîne une accumulation d’objets envers lesquels la personne ressent un grand attachement.
La majorité de ces personnes acquièrent de nouveaux biens au fil des ans.
Cette situation engendre chez eux de la honte. Ils en viennent à ne plus recevoir personne et finissent par s’isoler, ce qui peut mener à la dépression.
Le TAC réduit le niveau de fonctionnement. Il augmente le risque de chute, la vulnérabilité en cas d’incendie et le risque d’éviction.
Vous pourriez obtenir de l’aide auprès du réseau de la santé, d’un organisme communautaire spécialisé en santé mentale ou encore auprès d’un psychologue ou thérapeute.
À l’intention des proches aidants
Vous observez de possibles manifestations d’un TAC chez votre proche ?
Abordez la question avec lui et faites-lui part de vos observations. Puis, demandez-lui comment il perçoit la situation et s’il croit avoir besoin d’aide.
Montrez-lui que vous le soutenez et le comprenez.
Faites-lui connaître vos inquiétudes, notamment à l’égard de sa sécurité.
Votre proche manque de place pour ranger ses biens ? Évitez de lui offrir un espace supplémentaire – comme votre sous-sol ou votre garage. Cela le conduirait à accumuler davantage.
Pour l’aider, vous êtes tenté de jeter ses biens en son absence ? Cela risquerait au contraire de créer des tensions entre vous et pourrait même briser le lien de confiance qu’il vous accorde.
Votre proche est ouvert à l’idée de se départir de quelques objets ? Demandez-lui si vous pouvez l’aider. Par exemple, vous pourriez l’accompagner alors qu’il trie certains biens.
Il vous y autorise. Respectez son rythme et ses choix, même si cela vous semble difficile. De plus, n’hésitez pas à l’encourager et à le féliciter lorsque cela est opportun.
La tâche est difficile pour lui ? Proposez-lui d’aller chercher de l’aide. Mieux: accompagnez-le lors de ses démarches.
Tout au long du processus, prévoyez des moments où le TAC ne sera pas votre sujet de conversation. Par exemple, proposez-lui d’aller prendre un café à l’extérieur ou de faire une promenade. Ces moments vous permettront de passer du temps ensemble et de maintenir les liens précieux qui vous unissent. Ils aideront également votre proche à prévenir l’isolement qui peut accompagner le TAC.
N’oubliez pas qu’apprendre à vivre avec le TAC est un processus graduel. Le changement prend du temps, mais chaque petit pas compte. Il vous faudra donc faire montre de patience et de compassion envers votre proche tout au long de son cheminement.
Le TAC et autres troubles similaires
En ligne, il existe peu d’information au sujet du TAC et, lorsqu’il est question de troubles d’accumulation, il arrive souvent qu’il soit plutôt question du trouble obsessionnel compulsif (TOC) ou du syndrome de Diogène (aussi appelé autonégligence sévère de l’adulte) qui sont différents. Pour bien différencier le TAC du syndrome de Diogène, consultez Le TAC et les autres causes d’accumulation sur le site du CATAC.
Rédaction: Maryse Guénette
Révision interne: Équipe de rédaction de la Fondation AGES
Révision scientifique: Anne-Julie Roy, Directrice des services externes chez La Maison grise de Montréal et technicienne en travail social
Révision linguistique: François Grenier
Références
COMITÉ D’ACTION POUR LE TROUBLE D’ACCUMULATION COMPULSIVE. https://accumulationcompulsive.ca
CENTRE D’ÉTUDES SUR LES TROUBLES OBSESSIONNELS COMPULSIFS ET LES TICS. Trouble d’accumulation compulsive. Rapport final de la recherche de faisabilité. Janvier 2016. https://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/2575269
Partager
- Url copié
- X (Twitter)